Les médecins qui communiquent avec l’ACPM au sujet d’une plainte déposée auprès de l’organisme de réglementation de la médecine (Collège) affirment subir un stress considérable. Les problèmes de communication sont à l’origine d’un grand nombre de dossiers de plaintes présentés aux Collèges. Afin d’améliorer leurs interactions avec les personnes sous leurs soins et de potentiellement limiter le nombre de plaintes à leur endroit et le stress connexe, les médecins devraient envisager l’amélioration de leurs compétences communicationnelles.
Au cours des 5 dernières années, le nombre de demandes d’assistance adressées à l’ACPM par ses membres en raison de plaintes déposées à un Collège a connu une hausse de 20 % à l’échelle nationale. En 2016, l’ACPM a reçu 3 379 demandes de cet ordre; ce nombre est passé à 4 045 en 2020.
Les médecins ont affirmé à l’ACPM qu’il s’avérait ardu et stressant de faire face à une plainte. Dans de nombreux dossiers de plaintes, les données de l’Association indiquent que la communication constitue un problème sous-jacent. En adoptant des compétences et des comportements communicationnels centrés sur la personne soignée, les médecins peuvent améliorer leurs interactions avec les personnes sous leurs soins, ce qui pourrait limiter le nombre de plaintes à leur endroit.
Ce que les chiffres révèlent
Une relation médecin-patient·e n’ayant pas répondu aux attentes se cache souvent derrière les demandes d’assistance qu’adressent les membres à l’Association après avoir reçu un avis de plainte de la part de leur Collège.
Les patient·es ont fait part de leur insatisfaction envers les soins reçus; dans certains cas, ces soins ont même donné lieu à des préjudices (parfois graves). Et pourtant, la majorité des médecins qui voient leur nom cité dans des dossiers de plaintes sont dévoué·es et ne ménagent aucun effort pour prodiguer de bons soins dans des conditions souvent difficiles.
La Dre Shena Riff, médecin-conseil de l’ACPM qui répond aux demandes d’assistance des membres, affirme ce qui suit : « Tous les jours, des membres nous font part de l’énorme pression qu’elles et ils subissent. Leur salle d’attente est remplie de gens qui ont besoin de soins, et ces médecins semblent rarement disposer d’assez de temps pour leur venir en aide. On leur demande toujours d’en faire plus. »
Quel est le problème?
L’ACPM a analysé ses dossiers de plaintes déposées aux Collèges.1 Elle s’est penchée sur les raisons évoquées par les patient·es dans leurs plaintes ainsi que sur les facteurs cruciaux qu’ont cernés les Collèges dans le cadre de leurs enquêtes. La communication constituait un des principaux problèmes sous-jacents dans la plupart de ces dossiers.
Dans les dossiers de plaintes où le rôle de la communication a été signalé, les personnes soignées ont affirmé que la ou le médecin avait été brusque, avait élevé la voix, avait adopté un ton condescendant ou n’avait pas pris au sérieux leurs préoccupations ou celles de leur famille. Les Collèges ont confirmé que la communication avait été un facteur dans une gamme de situations cliniques. Par exemple, dans le cadre de discussions visant l’obtention du consentement, des patient·es n’ont pas reçu ou compris les renseignements nécessaires au sujet d’un traitement.
Fait à noter, les constatations de l’ACPM concordent avec celles des études précédentes dans ce domaine,2 y compris les études menées dans d’autres pays.3, 4, 5
Conseils pour l’amélioration de la communication
Pour améliorer leurs interactions avec les personnes sous leurs soins, les médecins pourraient commencer par évaluer leurs compétences et leurs comportements communicationnels, qu’il s’agisse d’écouter leurs patient·es ou de leur communiquer de l’information.
Écoute des patient·es :
- Accordez-vous toute votre attention à la personne soignée?
Comment accueillez-vous la ou le patient·e?6 Vos paroles et votre langage corporel sont-ils respectueux? Si vous utilisez un dossier médical électronique (DME), expliquez-vous à la personne soignée ce que vous faites et lui accordez-vous plus d’attention qu’à votre ordinateur ou votre téléphone?3, 7 Vous assoyez-vous face à elle? 8 Lui présentez-vous les membres de votre équipe de soins s’il y a lieu de le faire?
- Pratiquez-vous l’écoute active?
Laissez-vous vos patient·es s’exprimer sans les interrompre,6 en sachant pertinemment que, d’après les résultats de recherche, la plupart des personnes soignées n’ont besoin que de 30 secondes à 2 minutes pour ce faire? 9, 10 Répétez-vous, dans leurs mots, ce qu’elles viennent de vous dire?3
- Tentez-vous de comprendre le point de vue des patient·es quant à leur maladie?
Leur posez-vous des questions sur leur expérience et sur la façon dont la maladie les affecte?3, 6
Communication de l’information aux patient·es :
- Faites-vous preuve d’empathie?
Vos paroles et votre langage corporel sont-ils empreints de compassion? Faites-vous savoir aux personnes sous vos soins, de façon professionnelle, que vous les comprenez, les respectez et les soutenez?11
- Leur communiquez-vous de l’information de façon claire et simple?
Cherchez-vous à déterminer ce que les personnes soignées savent déjà, ainsi que l’ampleur des renseignements qu’elles souhaitent et doivent obtenir au sujet de leur état?3 Les renseignez-vous sans utiliser de jargon?6 Portez-vous attention à la façon dont elles réagissent à ce que vous leur dites, tant sur le plan verbal que non verbal?
- Les faites-vous participer à la prise de décisions?
Les personnes sous vos soins participent-elles aux décisions liées à leur traitement? Leur présentez-vous les avantages et les désavantages des diverses options de traitement, y compris ceux d’un refus de traitement? 6 Parvenez-vous à une entente avec elles quant à la façon de procéder?6 Lorsqu’un consensus ne peut être obtenu en ce qui concerne un plan de traitement, envisagez-vous la possibilité de diriger la personne soignée vers une ou un autre médecin? Consignez-vous vos interactions avec les personnes sous vos soins dans leur dossier médical (y compris le plan convenu et les étapes suivantes)?
Envisager une formation
Une communication efficace est essentielle à la prestation de soins médicaux sécuritaires, et les médecins pourraient ne pas bien connaître leur niveau de compétence à cet égard, le surestimant même dans certains cas.12, 13 Une évaluation des compétences peut alors mettre les choses au clair et révéler les besoins en matière d’amélioration et de formation.2, 13, 14
Il existe des ressources qui peuvent aider les médecins à améliorer leurs compétences communicationnelles. Certaines organisations spécialisées et universités offrent des documents, des ateliers et des cours. Par exemple, l’Université Dalhousie en Nouvelle-Écosse offre un programme de compétences en communication destiné aux médecins.15
En bref
La communication constitue un problème sous-jacent dans de nombreux dossiers de plaintes aux Collèges pour lesquels l’assistance de l’ACPM a été sollicitée. Les médecins peuvent améliorer leurs compétences dans ce domaine en accordant aux personnes sous leurs soins une attention personnalisée, en les écoutant, en échangeant de l’information avec elles, en faisant preuve d’empathie et en sollicitant leur participation au processus décisionnel.
Les médecins qui reçoivent un avis de plainte à leur endroit de la part de leur Collège devraient communiquer dès que possible avec l’ACPM pour déterminer leur admissibilité à une assistance et pour recevoir d’autre soutien au besoin.
L’assistance de l’ACPM dans le cadre de plaintes auprès des Collèges
De façon générale, l’ACPM offre aux membres une assistance dans le cadre de plaintes au Collège qui découlent de l’exercice professionnel de la médecine.
Références
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Fondé sur une analyse des dossiers conclus de l’ACPM de plaintes aux organismes de réglementation (Collèges) sur une période de 10 ans (2007-2016), après avoir écarté les dossiers traitant de problèmes disciplinaires ou concernant l’aptitude à exercer.
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